Le legs d’Alexandre «le Grand»

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François-Olivier Roberge s’est entretenu avec Alexandre après sa dernière compétition internationale en carrière.

Le double champion olympique Alexandre Bilodeau a touché au sommet du monde pour une dernière fois en carrière, vendredi. À 26 ans, le skieur acrobatique troque ses spatules pour ses habits d’étudiant. Retour sur sa carrière et, sans aucune retenue, sur sa relation parfois tendue avec les juges.

À La Plagne, en France, vendredi, Alexandre Bilodeau a atterri sur la plus haute marche de son 48e podium en carrière. Une 19e victoire. Le chemin parcouru depuis son premier triomphe en Coupe du monde, en janvier 2006 à Tignes, lui aura permis de devancer Jean-Luc Brassard (47) pour le titre du Canadien le plus médaillé de l’histoire de son sport.

«C’est un beau scénario, mais je ne le savais pas avant de descendre», a souligné le skieur de Rosemère deux jours plus tard. «Si je l’avais su, je ne l’aurais peut-être pas fait, le podium. Ça m’aurait trop trotté en tête.»

Il conclut ainsi sa carrière de la plus brillante façon. «Maintenant, je peux dire : « Check! On passe à autre chose' », a-t-il commenté. Je veux être autre chose qu’Alex seulement le skieur. Oui, je pourrais capitaliser sur la médaille [olympique de Sotchi], faire une autre saison, et faire plus d’argent», mais l’appel de nouveaux défis l’emporte désormais sur les acrobaties.

Après Vancouver, après s’être érigé au statut de héros national en devenant le premier Canadien à se couvrir d’or lors de Jeux olympiques dans son pays, Bilodeau avait convenu avec ses proches qu’il devait se lancer pour quatre autres années. Il lui aurait été insupportable de regarder les Jeux de Sotchi à la télévision sans tenter de devenir le premier skieur acrobatique à défendre son titre olympique.

«Maintenant, je ne pourrai pas avoir de regret. Une carrière professionnelle à la hauteur de mes attentes va sûrement plus me satisfaire que d’essayer de gagner l’or en Corée [2018], estime-t-il. J’aurais peut-être gagné, mais personnellement, je pense que non. Mikaël est trop fort, il apprend encore énormément, il va devenir encore meilleur. Moi, je pense que je suis devenu le meilleur skieur que je pouvais être. Je ne serai plus jamais un aussi bon skieur que je le suis le présentement.»

Une fois de plus, un cycle de quatre ans l’attend. Bilodeau espère ainsi obtenir son diplôme de la John Molson School of business de l’Université Concordia et a comme objectif de devenir comptable agréé d’ici ses 30 ans. Et comme sur ses skis, le double champion olympique entend continuer à se démarquer.

«Cinq des grandes firmes comptables m’ont approché pour faire mon stage chez eux. Je ne veux pas prendre de décision trop rapidement. Je ne veux pas devenir comptable seulement avec mes contacts, je veux devenir quelqu’un de performant. Je veux faire mes preuves autant que je l’ai fait dans le sport.»

Retour sur la controverse

Fraîchement retraité de la compétition internationale, Alexandre Bilodeau ne s’est pas fait prier pour commenter les frictions qu’il a connues avec les juges du ski acrobatique lors des deux dernières saisons.

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Bilodeau estime cependant, avec justesse, que la rivalité entre lui et son jeune coéquipier triple détenteur du Globe de cristal, a contribué à amener son sport à un autre niveau. Selon lui, après sa retraite, à moins de voir arriver un nouveau jeune prodige, Kingsbury trônera au-dessus de la compétition pendant encore plusieurs années. Surtout si les doubles sauts périlleux sont «enfin» acceptés.

Amoureux de ski acrobatique, grand ambassadeur des bosses et triple athlète olympique, Alexandre «le Grand» laissera ses futurs enfants choisir le sport qu’ils voudront, mais leur conseillera plutôt une discipline «où on se bat contre le chrono», a-t-il lancé, un sourire dans la voix.

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Une nouvelle bataille… financière

À partir de vendredi, Alexandre Bilodeau participera pour une dernière fois au Championnat canadien. Une ultime descente à Apex (Colombie-Britannique) «pour le fun», «pour voir les jeunes», mais aussi pour s’entretenir avec le nouveau président de l’association sur ses inquiétudes quant au bien-être financier du ski acrobatique canadien.

«Notre sport est en santé dans les clubs. Mais il ne l’est vraiment pas à l’association canadienne. Il y a énormément de travail à faire», a lancé Bilodeau, sans réserve. «Ça va être ma bataille. Personnellement, je pense que c’est critique. Il faut faire des changements présentement, dans les deux prochaines années, il faut capitaliser sur nos médailles.»

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«Ne pas laisser le sport dans la merde»

S’il a passé la majeure partie de sa carrière avec son propre entraîneur (Dominick Gauthier, puis Michel Hamelin), à l’écart de ses coéquipiers, le skieur sent qu’il peut donner un dernier coup de pouce à ses pairs. «Par respect pour mon sport, je ne peux pas le laisser dans la merde. Je vais me battre, mais pas à perdre toute mon énergie», conclut-il.

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